Correction étude critique de documents : la mémoire du régime de Vichy
Article mis en ligne le 3 octobre 2019
dernière modification le 18 septembre 2018

par jbouffand
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Sujet de l’étude de document



Voici un exemple de corrigé pour l’étude de document que vous avez fait la semaine dernière.


Citation du document 1

Citation du document 2

Connaissances personnelles


Introduction rapide

La mémoire d'un événement est le récit subjectif qu'en construit un groupe social déterminé, basé sur un schéma stéréotypé associant héros, martyrs, ennemis et traîtres. Ce récit subjectif a pour but de légitimer des ambitions politiques, justifier des demandes de réparations matérielles ou symboliques, ou encore défendre l'attitude d'un groupe de personnes. Parmi les mémoires très contradictoires de la Deuxième Guerre Mondiale en France, la mémoire de Vichy, c'est à dire le récit de la guerre vue par les partisans de Pétain, est l'une des plus polémiques.


Première partie :

présentation des documents, comme le demande la consigne. On montre leur intérêt dans le cadre du sujet.

Le document 2, en date de 1951, est une affiche à la gloire du maréchal Pétain publiée par la revue d'extrême-droite Aspect de la France, intitulée ''Gloire et sacrifice de Philippe Pétain, maréchal de France'', publiée pour exiger qu'il soit, conformément à ses volontés, enterré sur le champ de bataille de Verdun. Cette affiche présente de nombreux aspects de la mémoire de Vichy. Le document 1, lui, est un texte écrit par l'historien Robert Paxton dans son livre ''La France de Vichy'', publié une première fois dans les années 70 et réédité en 1999. Cet ouvrage a contribué à une profonde remise en cause de la mémoire de Vichy dès sa parution.

Deuxième partie : on montre les caractéristiques de la mémoire de Vichy, toujours suivant la consigne, en se basant à chaque fois sur des citations. On utilise les deux documents !

Les deux documents décrivent la mémoire du régime de Vichy vue par une revue d'extrême-droite (document 1) et par l'historien Robert Aron (document 2). Le document 2 décrit Pétain comme un héros devant qui, par deux fois « les troupes allemandes ne passent pas » (document 2) : une fois en 1916 à la bataille de Verdun, et une autre fois en juin 1940, lorsqu'il est appelé au pouvoir au moment de la défaite française face à l'Allemagne. Son régime aurait été « le bouclier » (document 1) qui a permis au général Weygand de « préparer l'Armée de la Revanche (document 2)». Pétain fait également figure de martyr persécuté par les « traîtres communistes » (document 2) lors de son procès pour trahison au lendemain de la Libération : emprisonné à l'île d'Yeu après que sa condamnation à mort ait été, par décision du général de Gaulle, commuée en peine de prison, il y subit une « lente agonie » (document 2). Le parti communiste, principal acteur de la Résistance avec les gaullistes, exerce en effet une influence non négligeable au lendemain de la guerre, rassemblant environ 25% des voix lors des élections. Quant à de Gaulle, qui fait lui aussi figure de traître aux yeux du régime de Vichy, il est tenu dans un tel mépris qu'il n'est même pas mentionné par la revue d'extrême-droite.

Cette vision de la guerre véhiculée par la mémoire de Vichy a pour but de légitimer l'action du maréchal Pétain : ce dernier aurait cherché par tout les moyens à protéger la France de « l'envahisseur allemand » (document 2), désigné comme « l'ennemi » (document 2). La collaboration n'aurait donc été qu'un « double jeu » (document 1). Cela permettrait de dédouaner de toute responsabilité les partisans du régime de Vichy, qui n'auraient pas été alors des traîtres, mais, eux aussi, des résistants.


Deuxième partie : comme le demande la consigne, on montre l'évolution de la mémoire de Vichy au sein de la population. Il faut donc citer quelques dates de l'après-guerre, en montrant autant que possible le rôle joué par les historiens dans cette évolution. On ne peut utiliser que le document 1.

Bien que Pétain et son régime soient massivement rejetés par les Français au moment de la Libération, cette mémoire du régime de Vichy s'inscrit plutôt bien dans le contexte de l'après-guerre. Les mémoires résistancialistes, tant gaullistes que communistes, décrivent toutes « une opinion publique française […] rangée dès le début du côté de la Résistance : la collaboration n'était le fait que d'une petite minorité » (document 1). Ce que Aron a décrit sous la thèse de l'épée (de Gaulle) et du bouclier (Pétain) était une interprétation bonne à prendre pour rétablir une unité nationale mise à mal par les divisions nées sous l'Occupation. Mais Robert Aron n'avait pu avoir accès qu'aux archives du procès de Pétain. Ces documents ne pouvaient donner qu'une image très éloignée de l'attitude réelle de Vichy, car les historiens sont tributaires des sources qui sont à leur disposition. D'autre part, la renaissance politique de l'extrême-droite française à partir des années 50, dans le contexte des guerres de décolonisation et de la Guerre froide, contribue à une certaine popularité de la mémoire de Vichy.

Mais, comme le note Paxton, « vingt-cinq ans de recherches dans les archives françaises et allemandes » (document 1), progressivement ouvertes aux historiens, ont montré une réalité bien différente : Vichy a bien « instauré une collaboration volontaire », coopérant à la déportation des Juifs, à la lutte contre la Résistance, à la fourniture de main-d’œuvre au Reich par le STO, et offrant même une coopération militaire. Même dans les années 70, lorsque Paxton publie pour la première fois son livre, « ces conclusions étaient difficiles à accepter » pour des Français qui répugnent encore « à affronter cette histoire douloureuse » (document 1). Cependant, les travaux d'historiens comme Paxton, ou de cinéastes comme Marcel Ophüls, dont le film « Le Chagrin et la Pitié » retrace la vie quotidienne de Clermont-Ferrand sous l'Occupation, contribuent peu à peu à changer la vision des Français sur l'Occupation et le régime de Vichy, affaiblissant tant la mémoire de Vichy que les mémoires résistancialistes, dont les principaux acteurs, à l'image de de Gaulle, sont décédés : Vichy a volontairement collaboré, et, si les collaborateurs ne représentaient pas la majorité de la population, les résistants étaient eux aussi minoritaires. Dans les années 90, les procès de Paul Touvier et de Maurice Papon révèlent que des criminels contre l'humanité ont pu, l'un, échapper pendant des décennies à la Justice et, l'autre, faire une grande carrière administrative sous la Ve République. Le rôle ambigu des institutions françaises sous l'Occupation est ainsi mis en évidence.


Conclusion rapide

Dans l'ombre des mémoires résistancialistes, cherchant à faire passer le régime de Vichy pour un régime ayant lutté contre l'Allemagne, la mémoire de Vichy a connu un bref retour en grâce entre les années 50 et 70. Mais les travaux des historiens ont confronté ce récit subjectif à une réalité historique bien moins glorieuse. Aujourd'hui, la mémoire de Vichy est devenue extrêmement marginale au sein de la population française.


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