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Histoire et Géographie
Le blog d’histoire-géographie de Jérôme Bouffand
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Correction étude de documents : Keynes
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Article mis en ligne le 15 septembre 2018
dernière modification le 24 septembre 2018

par jbouffand
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Depuis le milieu du XIXe siècle, la croissance économique et la mondialisation transforment profondément la situation économique des pays qui s’industrialisent. Le Royaume-Uni, coeur de l’économie-monde avant la Première guerre mondiale, bénéficie particulièrement de ces transformations.

L’âge industriel se caractérise en Europe par « une échelle croissante de production [qui] donnait de plus grands profits proportionnels ». En effet, pour la première fois dans l’histoire du continent, une croissance économie continue, à peine entravée par des crises comme le krach de Vienne (1873) et la Grande Dépression (années 1870-1890), permet une accumulation croissante de richesse. Des « innovations  » comme la machine à vapeur de Watt, le moteur à explosion, les progrès dans la sidérurgie, la mécanique et la chimie, ou encore le taylorisme, permettent un accroissement de la production agricole et industrielle. Pour la première fois, « la demande de nourriture [...] fut [...] définitivement comblée ». L’Europe ne connaît plus de crise alimentaire après le milieu du XIXe siècle, grâce aux progrès de l’agriculture et au recours aux «  importations américaines  » que les progrès de la navigation permettent : le navire à vapeur permet de transporter les marchandises plus vite, plus sûrement, en plus grande quantité et à meilleur marché, tandis que le navire frigorifique permet d’importer des produits alimentaires depuis les « pays neufs » ou «  l’Afrique tropicale ». Les biens de consommation deviennent également meilleur marché, et les conditions de vie en Europe peuvent apparaître rétrospectivement à Keynes comme un « Eldorado  », une «  République d’Utopie  » : c’est la période qualifiée de ’Belle époque’ en France.

Le Royaume-Uni est alors le cœur autour duquel s’organise une économie-monde, c’est à dire un vaste espace structuré par des flux commerciaux, financiers ou migratoires réguliers et intenses. « Un habitant de Londres pouvait [...] commander, par téléphone, les produits variés de toute la terre en telle quantité qui lui convenait, et s’attendre à les voir bientôt déposés à sa porte ». Le Royaume-Uni est en effet un pionnier dans le domaine des télécommunications : en 1914, le réseau des câbles télégraphiques sous-marins du Royaume-Uni représente 60% du réseau mondial, soit 330 000 km. D’autre part, le Royaume-Uni possède au début du XXe siècle près de la moitié de la flotte commerciale mondiale, et il réalise à lui seul près de 20% du commerce international. De même, un sujet britannique peut investir aisément dans « les ressources naturelles et les nouvelles entreprises de n’importe quelle partie du monde […] une forte cité, un continent quelconque ». En effet, les banques britanniques de la City sont alors les principales banques mondiales, et leurs investissements sont nécessaires au fonctionnement économique de toutes les économies de la planète : en 1914, le Royaume-Uni est le premier investisseur mondial. Ses investissements représentent près de la moitié de la totalité des investissements mondiaux. Ces investissements sont réalisés dans une monnaie solide, une «  richesse monnayée  » dont la valeur est alignée sur celle de l’or : la livre sterling.

La Première guerre mondiale va ébranler la puissance britannique au profit des Etats-Unis, mais elle ne mettra pas fin à la croissance économique et au progrès technique.