accessibilité
|
Bandeau
Histoire et Géographie
Le blog d’histoire-géographie de Jérôme Bouffand
Descriptif du site
Le programme d’histoire en musique
Article mis en ligne le 14 août 2018

par jbouffand
logo imprimer

Note : pour écouter l’intégralité des chansons, vous devez être connectés à votre compte Deezer. L’inscription est gratuite.

Croissance économique, mondialisation et mutation des sociétés



La guerre au XXe siècle

La chanson de Craonne


1917
Cette chanson antimilitariste est la version la plus connue d’une chanson chantée pendant toute la Première guerre mondiale dans l’armée française. Elle évoque ici les combats meurtriers du plateau de Californie, à Craonne, lors de la bataille du Chemin des Dames (printemps 1917). La chanson reprend un air de valse très à la mode avant la guerre (Bonsoir M’amour), dont la légèreté offre un contraste grinçant avec le désespoir et la révolte des paroles.

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s’en va là-haut en baissant la tête

Refrain :
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Refrain :
C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs là

Refrain :
Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

You’re in the Army now


1981
Ce sont deux Hollandais pacifistes et antimilitaristes, les frères Bolland, qui composent la version originale de You’re in the Army now en 1981. La chanson évoque le sort d’un jeune Américain, engagé dans l’US Army suite aux promesses mensongères d’un recruteur et plongé dans l’enfer du Vietnam ("Now you remember what the draftman said - Nothing to do all day but stay in bed"). Le visage accueillant de l’armée change du tout au tout lorsque le jeune homme débarque au Vietnam ("Smiling faces on the way to ’Nam - But once you get there no one gives a damn"). Confronté à la violence des combats ("Hand grenades flying over your head - Missiles flying over your head - If you want to survive, get out of bed"), le soldat est plongé dans des combats de guérillas où tout Vietnamien peut être un ennemi. Ses ordres de tirer à vue heurtent cependant sa conscience ("You’ve got your orders to shoot on sight - Your finger’s on the trigger but it don’t seem right").
Près d’une décennie après le retrait américain du Vietnam, ce conflit demeure pour les pacifistes un symbole de la violence absurde que représente la guerre, alors que le monde est plongé dans la crise des Euromissiles, dernière crise de la Guerre froide.

A vacation in the foreign land
Uncle Sam does the best he can
You’re in the army now
Oh, oh, you’re in the army, now

Now you remember what the draftman said
Nothing to do all day but stay in bed
You’re in the army now
Oh, oh you’re in the army, now

You’ll be the hero of the neighborhood
Nobody knows that you left for good
You’re in the army now
Oh, oh, you’re in the army, now

Smiling faces on the way to ’Nam
But once you get there no one gives a damn
You’re in the army now
Oh, oh, you’re in the army, now
Hand grenades flying over your head

Missiles flying over your head
If you want to survive, get out of bed
You’re in the army now
Oh, oh, you’re in the army, now

Shots ring out in the dead of night
The sergeant calls : "Stand up and fight !"
You’re in the army now
Oh, oh you’re in the army, now

You’ve got your orders to shoot on sight
Your finger’s on the trigger but it don’t seem right
You’re in the army now
Oh, oh you’re in the army, now

Night is falling and you just can’t see
Is this illusion or reality
You’re in the army now
Oh, oh you’re in the army now

Russians


1985
Lorsque le chanteur britannique Sting écrit cette chanson en 1985, le monde vient à peine de sortir de la Crise des euromissiles (1983), pendant laquelle les Etats-Unis et l’URSS ont déployé un arsenal nucléaire sans précédent en Europe, et qui sera la dernière crise de la Guerre froide.
Les paroles de cette chanson montrent la peur de la guerre nucléaire que la rivalité entre les deux blocs pourrait faire naître ("How can I save my little boy from Oppenheimer’s deadly toy ?") et l’impossibilité d’une victoire contre le bloc soviétique ("There’s no such thing as a winnable war - It’s a lie we don’t believe anymore"). Seul l’équilibre de la terreur semble être un fragile espoir de survie ("What might save us, me, and you - Is if the Russians love their children too").

In Europe and America, there’s a growing feeling of hysteria
Conditioned to respond to all the threats
In the rhetorical speeches of the Soviets
Mr. Krushchev said we will bury you
I don’t subscribe to this point of view
It would be such an ignorant thing to do
If the Russians love their children too

How can I save my little boy from Oppenheimer’s deadly toy
There is no monopoly in common sense
On either side of the political fence
We share the same biology
Regardless of ideology
Believe me when I say to you
I hope the Russians love their children too
There is no historical precedent
To put the words in the mouth of the President
There’s no such thing as a winnable war
It’s a lie we don’t believe anymore
Mr. Reagan says we will protect you
I don’t subscribe to this point of view
Believe me when I say to you
I hope the Russians love their children too

We share the same biology
Regardless of ideology
What might save us, me, and you
Is if the Russians love their children too


Les régimes totalitaires

Le Moorsoldatenlied (Chant des Marais)


1933
Le Moorsoldatenlied est composé en 1933 par des prisonniers du camp de concentration de Börgermoor, dans le nord de l’Allemagne. Il retrace les souffrances et les espoirs de ces prisonniers. Une fois leur peine accomplie (car, dans les premières années du régime nazi, l’enfermement en camp de concentration n’était pas toujours définitif), certains d’entre eux s’exilèrent et le diffusèrent dans toute l’Europe. Il est interprété ici par Ernst Busch, un volontaire allemand des Brigades Internationales pendant la guerre civile espagnole (1936-1939).

Le chant fut rapidement traduit en français sous le titre de Chant des Marais.

Loin dans l’infini s’étendent
De grands prés marécageux.
Pas un seul oiseau ne chante
Sur ces arbres secs et creux

Refrain :
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher

Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer,
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert

Refrain :
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher

Bruit de bottes, bruit des armes,
Sentinelles jour et nuit.
Et du sang, des cris et des larmes,
La mort pour celui qui fuit

Refrain :
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher

Mais un jour dans notre vie,
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie,
Je dirai "tu es à moi"

Refrain :
Ô France enfin libre,
Où nous pourrons revivre,
Aimer



Colonisation et décolonisation



Les Français et la République

Le Chant des partisans


1943
Inspiré d’un chant révolutionnaire russe, il est composé à Londres en 1943 par des membres des Forces Françaises Libres. Contrairement à la Complainte du partisan, il insiste plus sur le combat mené par la Résistance contre l’occupant nazi. Moins populaire que la Complainte pendant les années 50, il s’affirme définitivement comme le chant par excellence de la Résistance le 19 décembre 1964, où il est chanté lors de la cérémonie d’entrée des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Il est chanté ici par Germaine Sablon, sa première interprète en 1943.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu´on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c´est l´alarme.
Ce soir l´ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle ou au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...

C´est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...

Ici chacun sait ce qu´il veut, ce qu´il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l´ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Sifflez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute...

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh...

La Complainte du partisan


1943
La Complainte du partisan est composée à Londres en 1943 par des membres des Forces Françaises Libres. Elle est diffusée sur les ondes de la BBC, et sa partition est diffusée auprès des mouvements de Résistance. Le thème principal est la souffrance du Résistant traqué, pourchassé, et risquant sa vie à chaque instant. Moins connue que le Chant des Partisans aujourd’hui, elle était très populaire pendant la guerre et dans les années 50 et a été reprise par des artistes comme Leonard Cohen. La version originale comporte de longs passages sifflés, qui s’entendaient mieux à travers le brouillage imposé par les Allemands aux ondes de la BBC.

Voici la version originale :

La version en anglais de Leonard Cohen (1969)

Une version française dans une orchestration plus moderne mais nettement plus lente que l’originale.

Les Allemands étaient chez moi
On m’a dit "Résigne-toi"
Mais je n’ai pas pu
Et j’ai repris mon arme

Personne ne m’a demandé
D’où je viens et où je vais
Vous qui le savez
Effacez mon passage

J’ai changé cent fois de nom
J’ai perdu femme et enfants
Mais j’ai tant d’amis
Et j’ai la France entière

Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a cachés
Les Allemands l’ont pris
Il est mort sans surprise

Hier encore, nous étions trois
Il ne reste plus que moi
Et je tourne en rond
Dans la prison des frontières

Le vent souffle sur les tombes
La liberté reviendra
On nous oubliera
Nous rentrerons dans l’ombre