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Histoire et Géographie
Le blog d’histoire-géographie de Jérôme Bouffand
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Les mémoires, lecture historique
Article mis en ligne le 14 août 2018
dernière modification le 13 septembre 2018

par jbouffand
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Quelques rappels chronologique sur la Deuxième guerre mondiale :
- sept. 1939 : début du conflit
- mai-juin 1940 : défaite française, naissance du régime de Vichy
- oct. 1940 : début de la Collaboration entre Vichy et l’Allemagne nazie
- août 1941 : premier attentat contre les troupes d’occupation allemandes
- mars 1942 : début de la déportation des Juifs de France
- 16-17 juillet 1942 : rafle du Vel’d’Hiv’
- Printemps 1944 : destruction du maquis des Glières
- Eté 1944 : débarquement en Normandie, destruction du maquis du Vercors, libération du territoire, début de l’épuration.
- 8 mai 1945 : armistice.

Les mémoires de la Deuxième guerre mondiale

Qu’est-ce qu’une mémoire ?

Attention aux contresens :

La mémoire n’est pas l’histoire. Par exemple, la mémoire vichyste de la guerre n’est pas l’histoire du régime de Vichy. C’est le récit de la Deuxième guerre mondiale que font les sympathisants de Vichy après la Deuxième guerre mondiale.
Mémoire:

Après un événement historique majeur, les différents groupes sociaux qui en ont été les acteurs ou les victimes développent leur propre récit de cet événement. Ce récit subjectif s’appelle une mémoire. Il se base sur quelques éléments dont l’aspect symbolique dépasse l’importance strictement historique : lieux et événements (victoires, défaites, massacres...), personnages (héros, ennemis, traîtres ou martyrs), courants idéologiques.

Les mémoires sont généralement spécifiques à l’expérience qu’un groupe social bien défini a eue lors de l’événement historique. Chaque mémoire est au service des revendications du groupe social qui l’a développée, qu’il s’agisse de l’aspiration à jouer un rôle politique, de la revendication de réparations matérielles ou symboliques, ou de la justification par les vaincus de leurs actes.

Les mémoires de la Deuxième guerre mondiale : des mémoires divisées

(voir dans la même rubrique l’article "Quelques exemples de mémoires de la Deuxième guerre mondiale")

Résistancialisme:

Terme forgé en 1987 par l’historien Henry Rousso qui désigne après la fin de la guerre un discours présentant une population française massivement impliquée à différents degrés dans les mouvements de la Résistance.

Le terme de résistancialisme ne désigne pas la Résistance.


- Les mémoires résistancialistes (mémoire gaulliste et communistes) connaissent leur apogée dans les années 50 et 60, puis qui déclinent avec le déclin ou la disparition de leurs protagonistes (De Gaulle, le PCF), mais aussi avec des films comme Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls..
- La mémoire de Vichy, marginale après la guerre, renaît timidement avec le retour progressif de l’extrême-droite sur la scène politique française dans les années 50 et 60 (émergence du négationnisme).


Sur cette affiche du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, datant de 1945, aucune distinction n’est faite entre le déporté (au centre), le soldat prisonnier de guerre (à droite) et le déporté du STO (à gauche). Le déporté n’est même pas clairement identifiable comme résistant ou comme juif. Cette affiche montre l’absence de mémoire spécifique de la Shoah. Les Juifs sont considérés à l’époque comme des victimes parmi d’autres de la barbarie nazie.


- La mémoire de la Shoah, d’abord marginale et qui s’impose à partir des années 60 face à l’émergence de courants négationnistes, et à la faveur des premiers grands procès de criminels nazis.

L’historien et les mémoires

Les travaux des historiens remettent en cause les mémoires

Avec l’ouverture progressive des archives, les historiens travaillent de plus en plus sur la période de la Deuxième guerre mondiale et remettent en cause certaines mémoires. Des artistes comme les cinéastes contribuent aussi à cette remise en cause.


- 1954 publication de Histoire de Vichy (Robert Aron)
- 1956 : sortie du documentaire Nuit et Brouillard (Alain Resnais)
- 1971 : sortie du documentaire Le Chagrin et la Pitié (Marcel Ophüls)
- 1972 : publication de La France de Vichy (Robert O. Paxton)
- 1985 : sortie du documentaire Shoah de Claude Lanzmann

L’historien et le tribunal

Les historiens sont également appelés à apporter un éclairage historique lors de grands procès à enjeu mémoriel.


- 1994 : procès de Paul Touvier
- 1997 : procès de Maurice Papon

L’Etat et les mémoires

Le temps de la mémoire officielle : quel responsabilité de l’Etat pour les crimes commis pendant la guerre ?


- L’épuration : 1944-45
- les lois d’amnistie : 1946-1953

Un exemple de censure : le camp de Pithiviers dans le documentaire Nuit et Brouillard d’Alain Resnais (1956).

Sous l’influence des mémoires résistancialistes, les hommes politiques de l’après-guerre rejettent globalement toute responsabilité de la IVe, puis de la Ve République dans les crimes du régime de Vichy.

La remise en cause de l’attitude de l’Etat et des institutions

Jacques Chirac remet en cause partiellement cette interprétation en 1995 en reconnaissant la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’d’Hiv’.

Quand l’Etat légifère en matière d’histoire


- 1990 : loi Gayssot
- 2001 : loi sur le génocide arménien